Rapport de la Brigade internationale de solidarité avec CODEDI

Centre de Formation du CODEDI, Finca Alemania

Santa Maria Huatuclo, Oaxaca, Mexico.

15 mars

Le 14 et 15 mars dernier, une Bigade Internationale de Solidarité composée de personnes venant de Suisse, Portugal, Mexique, Italie, l’Etat espagnol, Colombie, Brésil, Belgique, Autriche et Argentine c’est rendue au Centre de formation « Finca Alemania » du Comité pour la Défense des Droits Indigènes (CODEDI), en réponse à la violente agression soufferte le 12 février durant laquelle furent lâchement assassiné 3 défenseurs de la communauté.

En tant que Brigade, nous avons pris connaissance du projet autonome en construction dans le centre de capacitation, nous avons écouté le témoignage des survivants et l’analyse du contexte actuel des intégrants des différents comités de l’organisation.

Le CODEDI lutte pour la défense du territoire et la construction de l’autonomie. Elle débute en tant que petit collectif de théâtre qui promotionne l’organisation sociale des communautés comme un outil pour améliorer ses propres conditions de vies. Tout au long de son parcours pour la defense des droits indigènes , l’organisation du CODEDI passe par différentes étapes. La première a lieu entre 1997 et 1998 alors que des problèmes avec le parti officiel donnent naissance à la creation du premier Municipe libre de Santiago Xanica selon ses propres us et coutumes (lois de l’état de Oaxaca permettant aux peuples indigènes de choisir ses propres autorités sans l’intervention des partis politiques). Puis, en 2005, l’organisation fut l’objet d’une criminalisation et d’une violente répression avec l’emprisonnement d’Abraham Ramirez Vazquez, Juventito et Noël Garcia Cruz, et une invasion des forces de polices dans le village qui laisse derrière elle un mort et plusieurs blessés. L’obtention de la libération des prisonniers politiques après 6 ans et 3 mois d’emprisonnement, le processus d’organisation se renforce et débouche sur la récupération de plus 300 hectares de terres pour la création d’un centre de capacitation dans la « Finca Alemana ». Durant cette troisième étape, environ 2 milles familles rejoignent le CODEDI, impliquant a l’heure actuelle la présence de l’organisation dans plus de 48 communautés des régions de la Sierra Sur, Istmo, Valles Centrales et la cote de Oaxaca.

Le centre de formation « Finca Alemania » est un espace dans le quel les rêves d’autonomie des communautés ont pris forme de manière pratique grâce la création de 18 ateliers de productions et formations comme une menuiserie, une boulangerie, atelier de couture, musique, agroécologie, mécanique, médecine naturelle, théâtre, fabrication de briques pour la construction, élevage de porcs et poulets,… Il existe aussi 4 niveaux d’éducation autonome (pre-scolaire, primaire, secondaire et de bachelor) dans les quels des programmes éducatifs sont dirigés dans la construction d’une pensée critique mais surtout en fonction des nécessités concrètes des communautés de la région. Tout ce processus est rendu possible grâce à un travail collectif rotatif (tequio) des membres des 48 communautés appartenant à l’organisation, représentée dans l’Assemblé Générale par les comités locaux. La vie interne de la « Finca Alemania » s’organise à travers la coordination entre le comité des jeunes, des profs, le comité général et la commission politique, chacune d’entre elle présente dans le dialogue avec l’Assemble Générale, principal organe décisionnel du CODEDI.

Le 12 février 2018, des assaillants à bord d’une chevrolet verte ont utilisé des fusils d’assaut pour mitrailler une camionnette contenant à son bord 5 adhérents du CODEDI. Cet attentat a couté la vie à Alejandro Antonio Diaz Cruz de 42 ans, Ignacio Basilio Ventura Martinez de 17ans et Luis Angel Martinez de 18 ans, assassinés par balles de AR15 dont l’usage est exclusivement réservé aux forces de l’ordre. 2 personnes ont survécu à l’attaque : Emma Martinez, membre du CODEDI, et Abraham Ramirez Vazquez, coordinateur général de l’organisation. Bien qu’une enquête ait été ouverte par le procureur général de l’État d’ Oaxaca, après plus de 5 semaines, les investigations n’ont toujours rien données. De plus, le gouvernement d’Alejandro Murat (gouverneur de l’État de Oaxaca) ne c’étant toujours pas prononcé à propos de cette agression, le CODEDI et de nombreuses autres associations estime le gouvernement étatique responsable de cette attaque pour sa complicité ou son omission. Ce jour là, les compagnons s’étaient rendus à une réunion avec des fonctionnaires du gouvernement de l’État pour discuter du conflit post-électoral à Santiago Xanica. Sur le chemin du retour à leur communauté, l’embuscade leur était tendu.

Depuis sa fondation, le CODEDI est l’objet de menaces permanentes provenant de différents groupes de pouvoir. De plus, sans participer aux élections, le CODEDI a régulièrement dénoncer les fraudes à l’encontre des us et coutumes. Dans le cadre d’un conflit post-électoral dans le municipe de Santiago Xanica, les factions locales, ayant des intérêts à mettre en place une autorité proche du gouvernement étatique, ont menacé de mort plusieurs membres de l’Organisation.

D’un autre coté, l’implantation du complexe touristique de Bahias Huatuclo a provoqué l’expropriation de milliers d’hectares de plages et de jungle, mais aussi de différentes sources d’eau des communautés locales, pour l’utilisation et la consommation des grands hôtels. Le CODEDI s’est dédié, parmi d’autres projets, à renforcer l’organisation et la lutte des habitants de San Miguel del Puerto dans leur exigence de restitution ou d’indemnisation suite à l’expropriation de 22 milles hectares en 1984. Durant les mobilisations organisées à Huatulco et dans la capitale de Oaxaca pour exiger justice face à cette expropriation de terres, les hôteliers de la région ont mené une campagne médiatique de diffamation à l’encontre d’Abraham Ramirez Vazquez et du CODEDI, par le biais de banderoles accrochées aux ponts de la ville.

Sur le même front, le CODEDI a empêché l’installation de stations hydrauliques le long de rivières, privatisées pour étancher la soif des auberges de la zone hôtelière, tout en proposant des solutions alternatives pour répondre aux nécessités en eau des colonies populaires de Santa Maria Huatulco.

Une autre menace liée à la défense du territoire est l’apparition l’année dernière d’une déforestation illégale pratiquée par des groupes connectés aux crimes organisés et vraisemblablement de mèche avec tous les niveaux d’autorités du gouvernement. L’exportation au Japon et en Chine du bois précieux de l’arbre « granadillo » utilisé pour les finitions de voitures de luxe, a provoqué la dévastation des forets de la Sierra Sud. Face à cette intrusion violente et armée des pilleurs de bois sur son territoire, le CODEDI a décidé de défendre et préserver les forets et les jungles là où l’organisation communautaire est présente. Cette réaction fait courir de grands risques aux adhérents du CODEDI et aux habitants de la région qui s’opposent a la dévastation des forets.

Sur un autre front, l’État de Oaxaca a concédé 7.8 % de son territoire à des entreprises minières et 9 projets de mines ainsi que 5 projets hydraulique se trouvent dans la zone d’influence du CODEDI. En considerant l’historique des connivences entre les entreprises minières, les différents niveaux du gouvernement et les groupes paramilitaire, il est évident que ces projets d’éctractions impliquent des menaces constantes et violentes envers l’organisation communautaire.

Dans ce contexte, le CODEDI se trouve en permanente mobilisation, piquet, diffusion et construction d’alliance avec par exemple le Conseil des Organisations Autonomes de Oaxaca (COOA) pour exiger la justice pour les compagnons assassinés et faire front contre ce qu’ils définissent comme terrorisme d’État. Alors que continue la construction et le renforcement du processus d’autonomie dans le Centre de Formation « Finca Alemana », le CODEDI maintient fermement son travail culturel en organisant la deuxième rencontre national de théâtre populaire et communautaire avec plus de 48 interventions artistiques de différentes parties du Mexique et du monde.

En tant que Brigade Internationale de Solidarité avec le CODEDI, nous partageons nos plus profondes préoccupations face aux menaces avérées et documentés qui persistent. Des menaces qui mettent en danger l’intégrité et la sécurité des défenseurs communautaires, de la « Finca Alemania » et le territoire des peuples indigènes de la Sierra Sud, Costa, Istmo et Valles Centrales de Oaxaca.

Pour ces raisons, nous convoquons a construire une Campagne permanente de solidarité #CODEDIvive pour exiger :

  1. Justice pour les compagnons assassinés le 12 de février, dans un massacre contre le peuple mexicain qui compte déjà plus de 200’000 morts violents durant les 12 dernières années

  2. Respect à l’autonomie des peuples indigènes, et donc une annulation de tous projets d’extractions qui menace la vie et nos territoires.

Nous invitons à une coordination générale afin de réaliser des évènements, expositions, mobilisations, graphique, vidéos et toutes autres types d’actions qui rendent ces exigences, chacun à sa manière et à son rythme, et ainsi réitérer que la solidarité est la tendresse des peuples.

#CODEDIvive

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